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Compte-rendu de la première journée de recherche clinique de l'AAPO
Mireille de Laportallière
La première chose que nous aimerions partager est l’importance de la recherche clinique à l’intérieur de notre mouvement et de notre méthode.
Si elle intervient à ce moment-ci de notre histoire, c’est dû à plusieurs facteurs : en interne, à une interrogation qui prend corps dans une phase de maturité de notre pratique autour de la question de l’articulation entre structure du langage et paroles du corps.
En externe, cette recherche vient en réponse non seulement à la mise en cause par le législateur de notre profession mais aussi au refus de notre fédération de nous reconnaître une appartenance au courant analytique . Et cela justement parce que l’analyse psycho-organique « touche » le corps des mots.
La journée s’est tenue à la FIAP, lieu d’accueil très agréable du quatorzième arrondissement de Paris, et a réuni plus d’une trentaine de membres. Ce qui est à n’en pas douter le premier succès de cette journée. Les « anciens », souvent formateurs, ont soulignés le fait que c’était pour eux la première occasion qu’il leur était offerte de s’interroger collégialement sur l’identité de l’analyse psycho-organique.
Plusieurs d’entre nous avaient préparés le texte de leur intervention et certains membres absents avaient communiqué un écrit. La qualité des échanges et des réflexions ont été présentes tout au long de la journée. Le président de l’AAPO a invité Paul Boyesen, pris par ailleurs par un groupe de formation le reste de la journée, à ouvrir les débats et à lancer la réflexion.
L’intervention du Président Honoraire de l’AAPO s’est organisée autour de deux volets ; l’identité interne et l’identité externe de la méthode.
En externe, il a proposé un développement assez court étant donné son temps de présence sur trois aspects ; social, institutionnel, et politique.
Pour l’aspect social, Paul a défendu l’idée que personne ne peut s’approprier le travail de l’inconscient (cf. les psychanalystes). D’ailleurs les psychanalystes modifient leur position par rapport au corps. Au sujet de l’aspect institutionnel, Paul a rappelé l’importance de l’Efapo en tant qu’organisme de formation, autant dans la qualité de son enseignement (accréditation en tant que EAPTI) que dans le nombre de professionnels formés. Et d’autre part il se défend de voir les institutions extérieures définir notre identité : nous ne serons pas la tête du corps, c’est à dire la tête du mouvement humaniste.
Pour l’aspect politique, Paul a répété que la différence entre la position des psychologues et la nôtre se situait dans la référence au processus personnel en parallèle à une formation théorique. Pour voir accréditer la formation de l’Efapo par les pouvoirs publics, Paul insiste sur une plus grande vigilance quant au respect des critères d’admission à l’entrée en formation. Si les critères d’admission ont leur importance en début de parcours, les critères de Titularisation en ont au moins autant à la fin du processus de professionnalisation.
En interne, il a articulé sa pensée autour des quatre axes après avoir défini la psychanalyse selon Freud, à savoir que la psychanalyse est tout ce qui travaille avec la résistance et le transfert. Pour lui l’analyste psycho-organique devrait se poser d’abord dans les deux premiers axes ; la psychanalyse et l’énergétique-organique. Dans le premier axe, l’axe psychanalytique, ce qui est nommé est l’outil thérapeutique qui permet à l’inconscient d’émerger et requiert donc une position de non-intervention. Par contre, le deuxième axe énergétique-organique suppose une position d’intervention.
Dans ce sens là, le troisième axe, l’axe de la psychothérapie humaniste ne peut synthétiser l’ensemble de la pratique de l’analyse psycho-organique, puisqu’il est bien évident que notre pratique ne se résume pas à un dialogue avec le « client ».
La présentation de l’APO comme se situant au point de croisement des quatre axes est une idée soutenue par Paul mais qui a fait tout de suite débat, dans la mesure où cette définition s’appuie sur des positions extérieures et de ce fait ne permet pas une présentation identitaire construite. Du reste tout au long de la journée le manque de conceptualisation propre à l’APO s’est faite sentir de façon récurrente.
Éric Champ a proposé de se dégager de la question politique à l’origine du questionnement identitaire et de se tourner vers une définition de notre identité à partir de notre élaboration interne. « Il nous faut retrouver ce qui fait noyau chez nous ».
Les appartenances des méthodes se font sur deux plans : le plan des concepts et celui des modalités pratiques. Souvent un écart se crée entre théorie et pratique. Qu’est ce qu’on fait avec nos clients et comment cette pratique est traduite conceptuellement.
Notre formation a une spécificité qui est d’accueillir des étudiants présentant des processus personnels accomplis dans des méthodes différentes de l’APO. L’éclectisme des origines thérapeutiques des étudiants fait le terreau de l’éclectisme de la pratique à la sortie de la formation. Une conceptualisation claire et structurée permettrait d’unifier une pratique en analyse psycho-organique qui sinon resterait diluée.
Par ailleurs, Éric attire l’attention sur le fait que le concept d’inconscient est une notion « valise » à laquelle il est parfois aisé de se référer ou de se réfugier. Il insiste en disant que le transfert est né comme concept dans les années 1920 et fait référence à la pratique psychanalytique qui veut que le passé de l’analysant soit transféré sur l’analyste. Yves Brault met en opposition à ce concept la notion de création dans le cadre de la séance, et voudrait voir cette création théorisée. Avec cette notion de création, nous revenons à un concept opératoire de notre identité, à savoir celui de situation et du choix d’expérience.
Ce choix d’expérience n’étant pas seulement l’apanage du thérapisant mais aussi celui du thérapeute ; ils se trouvent donc dans une co-création du moment thérapeutique. Ce double mouvement dynamique de choix d’expérience différencie notre pratique de celle de la psychanalyse.
L’analyse psycho-organique est, du fait de ce double mouvement, une méthode en permanence à des carrefours qui émergent d’un processus intrapsychique souterrain et du sens de l’intervention thérapeutique. L’articulation entre passé et présent qui est une des spécificités de l’APO à travers le concept de situation ( l’inconscient situationnel) serait pour Éric un concept à développer.
Notre concept de contrat semble pour certains près proche de ce que les cognitivistes appellent les schèmes, et il est important que ‘l’analyse psycho-organique ne se coupe pas de la recherche dans ce domaine : Yves rappelle l’importance des travaux de Damasio et de Varela.
Notre époque ne croit plus au paradigme positiviste sur lequel s’est appuyé la psychanalyse : il s’est passé quelque chose avec mon papa et ma maman, et l e psychanalyste ramène son client à son passé en permanence. La physique quantique montre que la réalité n’existe pas en dehors de la manière dont on la regarde. Dans cette transformation du regard, il y a dans la séance un espace de création d’un sens nouveau.
La situation c’est la personne et le contexte. L’inconscient, c’est comment la personne se construit elle-même dans un univers déjà interprété. L’enfant n’est jamais la reproduction de l’univers familial. De ce fait, l’inconscient est un système de fonctionnement et non pas un contenu : c’est plutôt un lieu où un type d’univers et de fonctionnement est relié au lieu de la conscience. Créer dans le réel, c’est créer avec ce qui me constitue sans le reproduire.
La mise en sens n’est pas de type rationnel, elle se fait dans un rapport au monde qui est essentiellement sensible par le biais d’un engagement dans les situations. Symboliser c’est créer des liens entre des systèmes hétérogènes de représentation. Le cercle psycho-organique modélise le modèle des structures et l’APO permet d’attaquer les blocages à différents niveaux.
En APO, se pose également la question de la parole qui marche ou ne marche pas, c’est comment modéliser l’interprétation. Le sens vient de l’attention du thérapeute à son propre ressenti. Lé référence à l’histoire du sujet ne vient pas dans un schéma explicatif. La prise de conscience des émotions est une façon de mettre en sens son engagement dans le monde. Le psychothérapeute APO travaille sur l’engagement de l’être qui est là et non pas sur ses concepts uniquement. Les contrats sont liés à des postures dans le monde. Le sens est aussi organique. La position d’écoute renvoie le client à la responsabilité de s’écouter lui-même.
(à suivre)