Les trois formes

Les trois formes constituent un modèle dynamique définissant trois modes de fonctionnement, trois mondes, trois questions que tout être humain se pose : celle de son existence (forme unaire), celle de son identité (forme duelle) et celle de sa place sociale (forme ternaire). Il est nécessaire de prendre en compte la manière dont les trois formes se nouent et ne pas se contenter de regarder une seule d’entre elles, fût-elle prégnante. L’aspect structurel de ce modèle fait qu’il s’applique à des personnes en grande difficulté aussi bien qu’à des personnes n’ayant pas de pathologies majeures.

3formes

Graphique des 3 formes
Tiré de : La relation psychothérapeutique – Existence, identité, histoire
Jacqueline Besson et Yves Brault, L’Harmattan 2012, page 191

La forme unaire

La forme unaire s’actualise lorsque surgit une unité définie par une enveloppe ; c’est la création d’un « JE », arraché d’un magma indifférencié dans un mouvement de pure liberté. C’est le temps de l’existence, celui de la création. Quand ce « JE » est solidement constitué sans être pour autant rigide, la personne ressent une sécurité ontologique, une confiance basique dans la vie. Retourner dans l’indifférencié, là où le temps n’existe pas, où l’espace est infini, ne fait pas peur : c’est la source de la créativité. Mais certaines personnes présentent une fragilité de l’enveloppe qui fait qu’elles se dissolvent et perdent le sentiment d’exister ; d’autres se sentent très angoissées dans l’indifférencié, elles ont peur d’y rester englouties ; d’autres encore y trouvent refuge chaque fois qu’une situation les angoisse… Les deux autres formes peuvent tempérer ou renforcer les difficultés liées à la forme unaire.

La forme duelle

La forme duelle s’incarne dès qu’avec le « JE » apparaît un « TU ». Il ne s’agit plus de s’arracher d’un magma mais de se différencier d’un autre ou des autres tout en les reconnaissant pleinement dans leur identité. Cela exige d’être dans un dialogue constant avec l’autre, parfois dans l’affrontement, le plus souvent en reconnaissant la valeur du partenaire. Fondamentalement la question que pose la forme duelle est celle de l’identité. Qu’est-ce qui distingue une personne d’une autre, qu’est-ce qui fait qu’elles se reconnaissent comme semblables ? La différence des genres (masculin/féminin) est un élément essentiel pour forger une identité. Cette différenciation est dialogique, c’est-à-dire qu’elle n’est pas totale car l’homme ou la femme ont en commun d’être des « humains » et de plus, chaque sexe connaît aussi en lui les caractéristiques de l’autre. Dans la forme duelle, différencier ne sépare donc pas radicalement. Au contraire, distinguer appelle le dialogue, la reconnaissance de qui est l’autre et oblige à forger un lien. Les difficultés dans cette forme, liées au narcissisme, sont adoucies ou majorées selon la manière dont se fait l’alliance avec les deux autres formes.

La forme ternaire

La forme ternaire ajoute un « IL » au « JE » et au « TU » : il y a trois termes. Le « IL », absent, donne un statut aux deux autres. Il hiérarchise, donne une place dans la famille et dans la société. Cette loi venue de l’extérieur est arbitraire, elle ne donne aucun pouvoir personnel sauf celui que permet le statut. La mort qui ponctue la chaîne des générations et oblige à la transmission est aussi implacable. Impossible de permuter les places de fils et de père, celles de grand-mère et de petite-fille ! Le complexe d’OEdipe a bien montré que l’ordonnance des places n’était pas simple, qu’accepter un « IL » impersonnel est contraignant. Cependant ce tiers absent de la relation est aussi un protecteur. Une loi n’est pas qu’obligation, elle est aussi protection si elle a été éditée à partir d’idées justes. Les pathologies liées à cette forme sont les névroses, où il y a lutte entre les désirs personnels et les lois sociales.

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