Les origines

L’analyse psycho-organique fut créée autour de 1980, par Paul Boyesen, en phase avec l’évolution de la psychothérapie à travers les mouvements sociaux et culturels des années 1970. Elle s’inscrit dans les grands courants de pensée du XXème siècle qui, à partir de la psychanalyse de Sigmund Freud, a vu l’émergence d’une floraison de méthodes psychothérapeutiques. Elle s’ancre aussi dans la lignée de Wilhelm Reich puisqu’elle accorde, en lien avec les processus psychiques, une place importante aux ressentis émotionnels et aux sensations organiques.

L’apport de Freud

L’analyse psycho-organique n’a pas intégré en bloc les théories freudiennes dans son corpus théorique mais elle y a trouvé quelques concepts-clés qui sont fondamentaux pour elle : ceux de relation thérapeutique, de parole vraie, de symbolisation.

Bien que médecin de formation, Freud n’a pas une vision médicale des troubles psychiques et ne fait pas de différence tranchée entre la « normalité » et la « maladie mentale ». Pour lui, cette dernière n’est pas due à une sorte de bactérie ou un virus.

Les comportements extravagants de l’hystérique ou de l’obsessionnel ont un sens qu’il importe de décrypter : ils sont le symptôme de désirs inavoués, inacceptables pour la personne et qu’elle a dû enfouir dans un lieu inaccessible que Freud appelle l’inconscient.

La relation thérapeutique

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Freud perçoit aussi l’importance que le mouvement romantique a donnée à l’écoute des sentiments intimes et met au point une méthode qui permet de soigner les désordres psychiques : la cure psychanalytique.

Celle-ci utilise un dispositif très particulier dans lequel la relation peut s’élaborer : il s’y passe des choses vraies dans un cadre bien spécifique. Cela a ouvert la voie à toutes sortes de méthodes différentes mais qui ont toutes en commun un mode de relation qu’on ne rencontre dans aucune autre situation.

Du dispositif de la cure, l’analyse psycho-organique, comme d’ailleurs la plupart des thérapies psychocorporelles, a gardé l’idée que la relation thérapeutique n’est pas une relation d’autorité, qu’il n’y a pas de différence de nature entre le client et son thérapeute, que ce dernier est profondément engagé dans son être avec la personne qu’il cherche à aider.

Une relation dans le présent

Freud construit un dispositif thérapeutique pour explorer le refoulé, les pulsions culpabilisantes que le jeune enfant a dû cacher aux autres et surtout à lui-même. Il met en place une situation où, selon lui, se crée avec le psychanalyste une relation analogue à celle que le patient a vécue avec ses parents dans son enfance. L’analyse de ces similitudes (ce qu’on appelle l’analyse du transfert) constitue une part très importante du travail. En effet, ce n’est pas seulement avec le psychanalyste que le client répète d’anciens comportements, c’est aussi dans sa vie quotidienne. La mise à jour de ces conduites inconscientes est le cœur même de la cure. Bien qu’en accord avec cette analyse, l’analyse psycho-organique ne lui accorde pas autant d’importance car comprendre un mécanisme ne suffit pas à le modifier. Même s’il y a répétition, cela se passe maintenant et c’est ce qui en fait une opportunité pour le changement.

Il n’y a pas de revécu, il y a une expérience nouvelle des événements passés. Nous appelons cela le choix d’expérience. Concrètement, la personne en psychothérapie retrouve dans ses souvenirs, souvent à partir d’un travail organique, une situation de l’enfance ; elle l’explore à travers ses souvenirs mais aussi ses émotions dans la séance thérapeutique (pleurs, rage, peurs…) Elle peut alors lui donner un sens dans son histoire actuelle. La même situation peut être explorée plusieurs fois et donner à chaque fois des vécus différents, soit parce que plusieurs facettes sont explorées, soit parce que l’événement est compris  La symbolisation n’est pas seulement conceptuelle : la visualisation des images d’une situation peut ouvrir la voie à une émotion liée à l’événement, et de là à un mouvement du corps, une expression qui représentera, peut-être, une nouvelle façon d’envisager l’événement.

L’apport de Reich

Si Freud a donné à l’analyse psycho-organique son soubassement psychique, Wilhelm Reich (1897-1957) lui a apporté une compréhension des processus organiques. Il est considéré à juste titre comme le fondateur du mouvement psycho-corporel d’après-guerre.

Le corps, témoin du passé et présence dans la séance

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Pour Reich, le corps garde l’histoire de toute notre vie, donc le corps « parle » du passé. Mais l’expression du visage, son éclat, ses rides, la posture du corps, ses rigidités, ses relâchements, ses stases sont aussi des signes qui parlent au présent. Reich en fait une lecture du caractère de la personne, qui s’est constitué dans le passé mais qui se manifeste également dans le quotidien.

Le corps est donc une voie vers l’inconscient freudien. Sollicité par des postures, des mouvements ou des touchers spécifiques en lien avec la respiration émotionnelle, il se met souvent à « parler », retrouvant le lien avec le passé. Ce surgissement de sensations, d’émotions et de sentiments peut ensuite prendre sens dans l’histoire de la personne. Un discours se construit en connexion avec la profondeur organique.

Pour l’analyse psycho-organique, il s’agit là encore d’une réactualisation du passé, d’une relecture avec des effets immédiats et non d’un revécu.
Parfois, le travail organique donne rapidement de l’énergie, de la force, de la plénitude, voire même de la joie. Bien sûr ces résultats ne sont pas « miraculeux », car s’ils sont assez fréquents, ils ne durent pas longtemps. C’est seulement l’occasion pour le client de ressentir ce qu’est la force de vie en lui, ce que nous appelons l’énergie primaire ! Mais c’est d’une importance capitale car goûter, ne serait-ce qu’un instant, à cette impulsion vitale permet de (re)trouver l’espoir du changement. Tout cela se passe dans une relation où le psychothérapeute est lui-même engagé avec son corps. Exprimer une colère contre ses parents devant son analyste psycho-organique suppose un enchaînement de facteurs psychiques et organiques complexes ! Ce n’est pas la même chose de taper chez soi sur un coussin pour décharger une colère que de l’exprimer devant son psychothérapeute.

L’apport de Gerda Boyesen

Gerda Boyesen (1922-2005), psychologue et physiothérapeute norvégienne, a apporté, dans les années 1960-70, une méthode psycho-corporelle originale, poursuivie par ses deux filles, Mona Lisa et Ebba. L’apport de Gerda Boyesen se situe essentiellement au niveau des régulations du système neurovégétatif ; par le massage ou la mobilisation du corps (mouvements corporels et respiration associés), Gerda Boyesen permet à son patient de se sentir intensément exister. Cela amène le patient vers des sensations et des sentiments de la toute petite enfance, voire du monde intra-utérin mais aussi vers des sensations cosmiques.

Importance du système neurovégétatif

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Gerda prend le temps de regarder le mouvement respiratoire et les postures de son client pour en faire une lecture dynamique : analyse des tensions émotionnelles et de leurs marquages corporels. Elle travaille dans deux directions différentes : elle sollicite l’énergie « montante », versant de l’orthosympathique (le flux) en mobilisant le corps puis elle prend le temps de voir ce qui se passe chez son client. Ensuite elle travaille avec l’énergie « descendante », versant du parasympathique (le déflux). C’est ce moment qui est créatif dans le processus thérapeutique : des émotions  très archaïques, des souvenirs enfouis, des sentiments nouveaux surgissent avec force. Gerda Boyesen a bien montré l’importance du versant parasympathique dans les processus neurovégétatifs. Cette attention est encore présente chez les psychothérapeutes qui utilisent de nos jours l’analyse psycho-organique.

La sécurité ontologique

Faire une demande à l’autre est toujours difficile car on arrive alors au point crucial de la thérapie : montrer sa vulnérabilité. Exprimer son désir ou son besoin est risqué ! Dire : « j’ai besoin de toi » ou : « je te désire » c’est s’exposer à une blessure profonde en cas de refus. Cela est difficile pour beaucoup de personnes. En réalité, ce risque est impossible à prendre si la personne n’a pas une sécurité affective de base, que nous appelons sécurité ontologique, celle qui s’est construite avec sa mère dans la toute petite enfance. En fait, trouver ou retrouver l’expérience de sécurité ontologique est fondamentalement la même chose que vivre les états de bien-être dont Gerda, Mona Lisa et Ebba Boyesen ont su trouver le chemin. Dans certains cas, cette expérience est le passage obligé, préalable à tout changement.

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