La transformation

La finalité de la psychothérapie est celle de la transformation : comment faire pour sortir de ses difficultés, pour vivre plus en conformité avec ses désirs profonds ? Depuis longtemps on sait qu’il ne suffit pas de faire venir à la conscience les traumatismes du passé, ni d’exprimer les émotions anciennes reliées à ces événements pour trouver un équilibre psychique. Nous avons vu que trouver des états particulièrement équanimes ou heureux après un travail organique profond était une étape importante car elle amenait une circulation d’énergie dans le corps et l’espoir d’un mieux possible. Nous avons vu aussi qu’il était nécessaire de faire des nouveaux choix d’expérience, de quitter résignation, peurs, colères et illusions pour oser voir différemment un certain nombre de situations passées et présentes.

Papillon_oct06Á cette question de la transformation, Paul Boyesen a donné une réponse qui passe non seulement par le corps mais aussi par les images et les mots ; il propose de travailler, dès que les plus gros traumatismes infantiles ont été explorés, sur le non-réalisé, c’està- dire sur tous les rêves et espérances qui n’ont pu s’incarner. Se remémorer des situations où l’on désirait fortement quelque chose qui n’a pas pu se réaliser, retrouver des besoins et des désirs passés libèrent une formidable énergie de transformation que l’on appelle en analyse psycho-organique l’énergie conséquentielle ; il s’agit de prendre, dans les désirs anciens, l’énergie nécessaire pour changer quelque chose dans son quotidien. Retrouver les images, les sensations et les sentiments d’une jeune fille de 15 ans qui voulait devenir danseuse étoile, ne veut pas dire qu’à 40 ans, devenue femme, elle doit tenter de devenir danseuse ni pratiquer l’art de la danse mais que l’énergie récupérée peut lui donner l’élan de faire ce qu’elle désire profondément à 40 ans.

Ceci nous amène à évoquer un dernier modèle, celui de la croix de l’incarnation, élaboré par Jacqueline Besson et Yves Brault en lien avec les trois formes.

La_Croix_de_l_incarnation

Pour comprendre ce modèle, on peut s’appuyer sur la structure du langage, fonctionnant selon deux axes perpendiculaires : l’un dit axe métaphorique, sur lequel la forme unaire peut se déployer. On peut y glisser facilement d’un mot à un autre sans contrainte ; on peut aller du passé au futur, du réel au symbolique ; l’autre, l’axe ordinal sur lequel la forme ternaire imposera la logique syntaxique et le déroulement ordonné du discours. Lorsque que l’on s’exprime par la parole, on choisit, sur l’axe métaphorique, un mot précis parmi une multitude d’autres possibles (on découpe une unité dans un continuum) et on lui donne, sur l’axe ordinal, une place précise dans une phrase afin qu’il puisse faire sens pour son interlocuteur. C’est un choix d’expérience ! La forme duelle est en action à chaque mot prononcé par le locuteur. Par le choix de chaque mot, de chaque phrase énoncée, il définit son identité. Le croisement des deux axes : choix d’un mot et choix de la place de ce mot dans la phrase crée l’ancrage, l’incarnation. Il est complètement dans l’ici et maintenant, dans le présent. Cette structure n’est pas seulement propre au langage ; elle s’applique aussi à chaque acte significatif posé dans une journée, voire dans toute une vie. Á chaque instant un choix conscient et inconscient est exigé pour avancer. Lorsque l’on souhaite changer, il est nécessaire d’extraire, parmi toutes les possibilités qui nous sont offertes, celle que l’on veut vraiment et de l’insérer dans son parcours de vie. Si les choix ont été bien évalués en tenant compte de la réalité, alors s’actualise le changement. La transformation ne peut se faire que dans le présent car il est impossible de changer son passé. Dire : je changerai demain, n’est qu’une façon rassurante de repousser l’incarnation de nos désirs à plus tard.

En définitive le désir de changer nous oblige à être constamment dans le présent et en accord avec la réalité du monde. Nous devons poser nos pas sur un terrain solide, parfois dur, pour y ancrer nos projets et tracer notre chemin de vie.

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